Solex noir
Par Oxygène le Mercredi, 14 janvier 2009, 13:41 - Divertissements - Lien permanent
Lundi, je fus pris d’un grand coup de blues. Alors je suis allé faire un tour du côté de mes balades adolescentes.
J’ai sorti mon vieux vélo et tourné au coin de la rue, droit sur l’Ouest et l’océan. Sur la route côtière, j’ai cahoté, dans les gaz d’échappement des vieux bus et des 4X4 jusqu’à la voie de chemin de fer, pour me diriger ensuite vers les grandes falaises de grès. C’est là que s’achève l’immense meseta de ce pays, à 30m au dessus des vagues.
L’herbe était drue et les abeilles butinaient intensément les pâquerettes. Le soleil, déjà bas dans le ciel, promettait un embrasement de l’horizon. C’était la bonne heure. Je voulais voir les embruns des grandes marées de mars s’éclairer de rose et de violet et asperger la forêt de mimosas au-delà de la route.
Le vendredi après-midi, nous venions souvent en bande, à BB Peugeot, à Mobylette, à Solex. Tous les garçons du quartier se retrouvaient ici, cigarette au bec, à contempler en silence le flux et le reflux des vagues gigantesques dont il fallait se tenir soigneusement à l’écart. Cette puissance nous fascinait. Il arrivait que l’un de nous simule une course vers la mer. Tous les autres hurlaient alors : « T’es pas chiche ! » Il fallait ruser pour ne pas y aller sans perdre la face. Cela nous amusait beaucoup.
A ce jeu, Pépite était le roi. Il portait bien son surnom, vif et craquant comme les graines de pastèque grillées qu’il consommait à longueur de journée, même en classe. Cela ne l’empêchait pas de tchatcher. La tchatche, il savait la faire le Pépite ! Auprès des filles, auprès des parents auprès des profs… Et ça marchait. Toujours.
Lorsque, comme nous tous, il est parti vivre en France, le malheur rencontré l'a perdu. Alors, revenu en vacances, au bord de ces falaises il s’est solidement attaché à son Solex et a sauté, à fond la caisse, dans les vagues.
Tel est le deuxième grain que je propose afin de remplir le sablier givré de Kozlika. L'amorce de ce texte est choisie par Malgven et provient du blog de Zub : billet Nostalgie

Commentaires
Beau et tragique à la fois. Pépite qui tchatche. Pépite qui saute.
Rhaa.... c'était beau !
Jusqu'à la fin !
Terrible cette accroche qui pousse à des trucs nostalgiques et tristes !
Moi j'avais un solex jaune avant la 104 Peugeot, et plein de copains qui se sont suicidés aussi :-((
Très joli, jusque dans le titre. Décidément les souvenirs d'adolescence sont rarement guillerets...
Très beau texte et très belle chute finale...Je parle de l'écriture et non pas du suicide...
Terrible.
Comme Krazy Kitty: l'adolescence c'est un sacré fléau.
Très beau texte...
Bienvenue ici Episcome, Krazy Kitty et Heure Bleue. Episcome, j'espère trouver la clé qui ouvre ton blog afin de te lire.
Lyjazz et Ada, oui, l'adolescence est souvent douloureuse. Douleur cachée jusqu'au moment où...
A tous, vos compliments me touchent beaucoup. Merci.