La tripoteuse de tête est rentrée de vacances. On se revoit donc, dans le moelleux de son cabinet. Tout est doux chez elle, les tapis, le fauteuil, son sourire, ses yeux. Pas sa voix. Elle a le phrasé râpeux. Toujours au bord de la quinte de toux. Rançon de dizaines d’années à fumer du tabac blond anglais.

Heureusement, elle parle peu mais je n’en mène pas large. Pourvu que cela s’arrête rapidement.

Méthodiquement, elle reprend son dossier et récapitule les étapes de son  travail.  

Le silence s’installe car aujourd’hui j’ai décidé de me taire, de laisser venir les choses. A la dernière séance, j’ai  questionné, pleuré et même crié tant ma souffrance  était forte. Elle a sorti sa boîte de kleenex et je me suis tamponné les yeux pendant qu’elle continuait son œuvre, impassible.

  En sortant,  je n’ai même pas osé me regarder dans une glace. Je me sentais coupable.  De quoi ? D’être  imparfaite,et inachevée.

Allongée sur le fauteuil de relaxation, je l’écoute. Elle m’annonce que nous en sommes à la dernière séance et qu’elle ne peut plus rien ajouter à la personne que je suis devenue. Elle trouve que j’ai beaucoup changé. Ceux qui me connaissent seront surpris de ma transformation.

Je n'en suis pas certaine et cependant, pour la première fois,accepte le miroir qu’elle me tend.

Elle a raison. La greffe de cheveux à bien pris et des dizaines de petites touffes alignées  comme des poireaux comblent le vide de cette hideuse calvitie qui m’a ôté ma féminité. Bientôt  j’aurai une frange.

5 ème participation aux sabliers givrés de Kozlika. L'amorce a été proposée par Benjamin.